Faut-il renverser la dictature des chiffres ?

Une doctrine massivement propagée par une élite influente aboutit souvent à une dictature (au sens large, dépassant le système politique). Un écart important entre la théorie  (les aspirations) et la pratique (le vécu, les résultats) aboutit aussi souvent à une lente mais imparable prise de conscience collective qui tend vers  la contestation de la doctrine, et donc la chute de cette dictature.

La doctrine elle-même est souvent très élaborée, bien maîtrisée par cette élite, qui ne diffuse qu’une version expurgée, vulgarisée et parée de toutes les vertus, les contraintes et inconvénients restant dans l’ombre.

Les objectifs affichés sont la plupart du temps clairs, compréhensibles et répondent à de vrais besoins partagés par le plus grand nombre. «L’habillage marketing » permet de convaincre que la doctrine est l’unique voie (ou en tout cas la meilleure) pour atteindre ces objectifs légitimes.

C’est ce même processus qui a imposé la prééminence des données, et plus particulièrement des chiffres, sur l’analyse de ces données.

Le « pilotage par les chiffres » en question…

L’idée de placer les chiffres au cœur de la prise de décision est séduisante car basée sur le postulat « les chiffres ne mentent pas ». Par contre, le choix des chiffres et leur interprétation sont deux points-clés sujets à caution.
Si la profusion de données provenant du numérique crédibilise le concept,  elle masque l’absolue nécessité d’une analyse très rigoureuse dans l’exploitation de ces données.

J’ai déjà abordé ce thème par sa périphérie  dans la série «Le métier de Web-analyste» et dans « context is critical » mais cet article est complémentaire car il traite  plus du cœur de la problématique.

Du pilotage par les chiffres (= l’entreprise agit) à l’entreprise pilotée par les chiffres (= l’entreprise subit), il n’y a qu’un pas qui est communément franchi.

La « Data Driven Entreprise » en question

L’entreprise pilotée par  les données, telle est la traduction littérale, à laquelle est souvent préférée par les francophones la formule moins autoritaire « entreprise orientée données ».
Nul ne contestera que la mise en application d’une stratégie d’entreprise nécessite de fixer des objectifs chiffrés, des méthodes de mesure et de collecte fiables, des tableaux de bord précis contenant des KPI (Indicateurs Clés de Performance) représentatifs.

Mais il me semble utile de rappeler que ce ne sont pas les données qui doivent  guider l’entreprise, mais l’analyse qu’on en fait, au même titre qu’un médecin ne doit pas traiter les symptômes mais la maladie qui les provoque.

De plus, soyons objectifs : qui peut me citer une seule entreprise qui ne pourrait être qualifiée de « data driven » ? Une entreprise qui ne s’appuierait pas sur des données, des chiffres pour bâtir sa stratégie, rédiger ses objectifs et contrôler  les résultats au moyen de tableaux de bord ?

Il nous suffit de nous souvenir que pour gérer les biens livrés par les caravanes d’antan  (avant l’écriture) qui traversaient le désert, le convoyeur se voyait remettre par l’expéditeur un « pot » de terre cuite hermétique, contenant un caillou par colis à livrer,  que le destinataire cassait pour contrôler l’intégrité de la livraison. Déjà « data driven » ?…

A ma connaissance, cette expression n’a pas de définition officielle en français, d’où son utilisation à tort et à travers. On peut toutefois envisager deux interprétations : Soit un système de structuration des données (avec les métadonnées, la sémantique, etc.) soit la toute-puissance des chiffres

Et c’est là que le bât blesse : c’est sous cette acception qu’elle est le plus souvent utilisée.

La dictature des chiffres

Deux problèmes se posent ici :

  1. Un analyste suffisamment averti peut (volontairement) faire dire presque tout et son contraire à des chiffres.
  2. Un analyste insuffisamment averti peut (involontairement) déduire presque tout et son contraire de ces chiffres.

S’agissant de l’interprétation de chiffres, deux notions sont donc  capitales : la qualité de la démarche analytique en soi et l’objectivité, l’impartialité et l’éthique de l’analyste.
Or il suffit de consulter les profils recherchés pour un poste de Web-analyste pour comprendre que ces deux notions ne sont pratiquement jamais prises en compte.

A contrario,  les prestations d’AT  Insight  ou de nos partenaires certifiés triés sur le volet mettent à votre service des consultants chevronnés qui analysent rigoureusement vos données sans parti pris et en toute impartialité, garantie de cette objectivité et de cette éthique. Une des conséquences est d’ailleurs qu’il est parfois inconfortable d’annoncer certaines conclusions, mais notre devoir est de nous y astreindre…

Les chiffres, pour être les inspirateurs de décisions importantes, doivent être accompagnés  d’une analyse contextuelle (mode d’acquisition, de calcul, portée, contexte, interdépendances, etc.). Rien n’est plus risqué que de prendre des décisions sur de simples chiffres, fussent-ils des meta KPI très élaborés, sans cette analyse contextuelle.

De même, un tableau de bord n’est pas un décideur, ce n’est qu’un outil d’aide à la décision (sujet traité dans le White Paper « Tableau de Bord, le GPS du gestionnaire » ).

Je conclurai cet article en formulant le vœu que le métier d’analyste soit enfin considéré à sa juste valeur, et donc que l’analyse prime sur le chiffre.

Cette illusion d’optique nous montre les dangers de l’interprétation : comme vous l’avez deviné, les lignes sont strictement horizontales, et donc parallèles, bien que le contexte (position des carrés blancs et noirs) porte à croire le contraire.

 

 

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