Le Growth Hacker est un chasseur de croissance. Il concentre tous ses efforts dans le but unique de concevoir une action (peu couteuse) sur un élément déclencheur d’une croissance très rapide, massive, et autoalimentée (principe du tsunami : une fois déclenché, il est propulsé par sa propre énergie).

 

Le Digital Marketer passe sa vie dans sa suite analytique à débusquer puis transformer des insights en actions dans un but d’amélioration et donc de croissance. Il fouille, analyse la data disponible jusque dans les signaux faibles, il construit des plans d’actions créatifs, il teste, il mesure, il adapte et recommence. Sans cesse.

Et un jour, Bingo !!!! il découvre un moyen totalement inattendu de générer une forte croissance, autoalimentée, pour un investissement quasi-nul : il est alors devenu un Growth Hacker !!! Surtout si la mise en œuvre passe par une méthode non conventionnelle, parfois à la limite des usages éthiques en vigueur.

Il est probable qu’il gardera toujours ce statut, bien que ce haut fait d’armes ne se reproduira peut-être jamais plus dans le reste de sa carrière.

C’est pourquoi le Growth Hacking est au Digital Marketer un peu comme ces étoiles sur un maillot de footballeur (soccer) montrant un résultat obtenu (champion du monde) une ou plusieurs fois mais ne représentant pas forcément les résultats du temps présent.

 

Le Growth Hacker peut n’être en réalité qu’un statut provisoire, une fulgurance dans la vie d’un Digital Marketer.

Si les Digital Marketers ont méprisé les « simples » Marketers, eux-mêmes sont regardés de haut par les (trop souvent auto-proclamés) Growth Hackers.

Ainsi va la tendance du Personal Branding et la recherche d’un standing personnel discriminant.

 

Reprenons le fil de l’histoire du marketing, qui ne fait que répéter les nombreux exemples de l’Histoire des civilisations : les anciens prophètes, tels que Porter, Deming, Drucker, et j’en passe, ont suscité un véritable culte de la part de certaines élites.

Puis une nouvelle élite prend le pouvoir et supplante l’ancienne, par une nouvelle évangélisation : table rase du passé, élimination des symboles idolâtres, reconversion des croyants, récupération et habillage (parfois simple renommage) des concepts utiles (souvent même indispensables) par assimilation.

La nouvelle doctrine se propage ensuite et prospère jusqu’au jour où un concept disruptif vient la remettre en cause, et la boucle est bouclée.

 

L’actuelle déferlante Growth Hacking pourrait laisser penser qu’il y a aujourd’hui plus de Growth Hackers que de marketers.

Mais à y regarder de plus près on voit vite la faille… Les véritables hacks cités en exemple depuis 2010 ne sont qu’une poignée, et difficilement reproductibles.

Je vais quand même citer un contre-exemple :

On cite souvent AirBnB et son célèbre Hack via Craig’s Lists. Mais plus récemment on a pu constater que de grandes agences immobilières ont massivement proposé leurs biens sur…AirBnB !!

Cela a tous les attributs du Growth Hacking (et pourtant ce ne sont pas des startups).

NB : Il s’agit ici d’une reproduction de la partie « White Hat » du Hack d’AirBnB, qui aurait aussi, selon certaines publications dès 2011, mis en œuvre un volet « Black Hat » (ce qui leur a valu d’être un temps bannis de Craig’s List). 

A côté de cela, un grand nombre d’actions ou de processus marketing sont re-baptisés Growth Hacks (A/B Testing, Landing Pages, Analytics, OmniChannels, Emailings, SocialSelling, etc.).

Plus porteur, plus viral, plus flatteur.

 

Pourquoi cette confusion ?

  • La proximité entre les deux fonctions : Un Growth Hacker est un marketer, mais tout marketer n’est pas Growth Hacker.
  • La nature même du hack : c’est par définition une denrée très rare.
  • La rapide obsolescence du Hack (un hack initial bascule dans le « domaine public » du marketing s’il est très souvent reproduit et perd vite son impact).
  • La subtile différence de finalité : tous deux recherchent de la croissance, mais le GH se concentre exclusivement sur une croissance très rapide, très peu couteuse, et qui s’auto-alimente (le rapport [bénéfice produit] /

est hors normes et croît encore lors de la mise à l’échelle).

  • La philosophie qui sous-tend les actions : Pour le GH, la fin justifie les moyens, ce qui encapsule la créativité dans la recherche d’opportunités ainsi que la désinhibition à l’égard de certaines valeurs éthiques consensuelles (mais cela n’implique pas les pratiques frauduleuses).
  • Le cycle de vie et la nature de l’entreprise : Il est clair qu’une startup doit croître très rapidement ou mourir, alors qu’une entreprise plus mature recherche à consolider sa position et croître « toujours un peu plus » que son marché.

 

growthhacker-digital-marketer

 

Les véritables Growth Hackers sont très peu nombreux, et c’est très bien ainsi.

Et cela n’enlève rien aux qualités du Digital Marketing, du Lean, de l’Analytics, de la Data. Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver des GrowthHackers dont la mission évolue naturellement dans le temps vers du Digital Marketing.

 

Alors, vous êtes Digital Marketer ? Pas de problème, assumez !

Même si le titre a perdu le lustre qui fut le sien il y a peu de temps, il a obtenu la patine qui démontre la persistance et la solidité. Vous avez un outil d’analytics performant, vous n’hésitez pas à fouiller la donnée, vous avez les compétences pour l’analyser, vous testez et re-testez, vous vous montrez créatifs et agiles ?

Inutile de revêtir un déguisement de GH, inutile de céder au buzz, vous êtes une valeur sûre et nécessaire dans l’entreprise.

Et si un jour l’occasion se présente, vous saurez la saisir et arborer une étoile sur votre maillot de Growth Hacker !

Data Quality guide in post FR
Auteur

Knowledge Manager Formé aux achats et à la gestion par Carrefour, à la vente par Procter & Gamble, JM a évolué dans la grande distribution à des postes de direction pour de grands groupes en hypermarché, centrale d’achats puis logistique, avec une expérience expatriée en Afrique en qualité de Directeur Central. Fin 1995, JM crée une start up internet puis après trois ans (fin 1998) rejoint l’équipe AT Internet d’Alain Llorens dans laquelle il prend des responsabilités commerciales et est au cœur de l’aventure pionnière du Web analytics. A près de 55 ans et 13 ans d’ancienneté, JM exerce (depuis 2009) la fonction de Knowledge Manager."

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